RECONSTRUCTION
D’HAITI
Le
mardi 12 janvier 2010 à 4hres 53 de l’après midi, mon pays Haïti a connu une
catastrophe sans précédent. La terre a tremblé à la capitale. Sous des secousses
de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter, les dégâts sont énormes. Si pour la
présidence haïtienne 300,000 personnes y ont laissé leur vie, pour l’Eglise
Catholique d’Haïti le chiffre se situerait autour de 500,000. Dépassé par
l’ampleur des dégâts, l’Etat haïtien n’a pas pu réagir à temps pour sauver les
centaines de milliers de personnes emprisonnées sous les décombres. Selon les
estimations, les dégâts sont ainsi chiffrés à 1,5 million de sinistrés, 200,000
maisons détruites ou endommagées et 150,000 blessés. Les dégâts matériels sont
estimés par la Banque Interaméricaine de Développement à 12 milliards de
dollars, 80 % de l’économie nationale serait sous les décombres.
Selon
l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) sur une population de
8 763 588, 58.3 % ont 15 à 64 ans, 36.5% ont moins de 15 ans, 11% ont moins de 5
ans. C’est évident que la majorité des victimes est constituée de jeunes et
d’enfants. Les conséquences sociales et économiques de cette catastrophe sur
cette catégorie vulnérable de la population est considérable.
Sans
prendre en considération cet état de fait, l’avenir d’Haïti serait plus sombre
que l’on pourrait imaginer.
C’est
en ce sens que COREJENE, au nom des jeunes haïtiens et haïtiennes, remercie la
communauté internationale et défend l’idée de réformes structurelles durables et
adaptées aux réalités haïtiennes sans lesquelles la reconstruction du pays ne
sera rien d’autre que la reconstitution des richesses de quelques privilégiés du
statu quo exclusiviste, monopolistique et néo féodal, qui existent en Haïti
depuis son indépendance.
Avec la
situation catastrophique qui prévaut dans mon pays, les programmes et projets de
reconstruction pullulent. Chaque secteur, chaque ONG, a son plan en poche. On ne
sait par quelle magie ceux et celles qui depuis des décennies de l’intérieur
comme de l’extérieur ont contribué à ruiner l’économie haïtienne, deviennent
aujourd’hui des bâtisseurs. A la faveur des promesses de dons venus de partout,
résultat d’une solidarité internationale sans précédent en faveur d’Haïti, en
veux-tu-en-voilà, les plans de reconstruction sont nombreux. On attend le
déblocage des fonds, pour « reconstruire Haïti ». On se dispute le droit de
gérer l’aide et de redécouper les nouvelles zones de rapines économiques de
toute sorte.
Nous
profitons de la présente pour dire attention.
Si en
urgence nous devons : Améliorer la santé, l'éducation et le bien-être des
enfants et des jeunes victimes lors du séisme; Favoriser la réussite éducative
des jeunes, car ils sont l’avenir du pays; Si de façon ponctuelle nous avons
l’obligation de : Favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, Améliorer le
soutien offert aux jeunes en termes de cantines scolaires et autres; S’il est
indispensable d’ accroitre la présence des jeunes dans la société, d’élaborer un
régime de prêts et de bourses d’étude pour les jeunes étudiants, d’augmenter les
fonds alloués au financement de l’Université d’État d’Haïti via des budgets
décentralisés, d’Assurer la participation des jeunes et de la représentation de
leurs intérêts à travers les sphères décisionnels; la vraie reconstruction
d’Haïti passe par des réformes institutionnelles en profondeur : il s’agit
également de la refondation du pays.
Car,
depuis plusieurs décennies, Haïti est sous perfusion de l’aide internationale.
Comme conséquence: le fossé entre les riches et les pauvres n’arrête pas de
s’agrandir. Au lieu de développer le pays, l’aide est souvent détournée au
profit de quelques privilégiés qui contrôlent les artères du pouvoir politique
et de l’administration publique. Les riches deviennent plus riches, les pauvres
n’ont plus qu’à crever dans les bidonvilles crasseux sans aucune infrastructure.
A chaque régime politique, de nouveaux scandales de détournement de fonds
publics et de l’aide internationale. Le cas le plus récent est la gestion
inexplicable de 197 millions de dollars qui devaient servir pour voler au
secours de sinistrés de l’Ouragan Katerina aux Gonaïves, à environ 190
kilomètres au nord de la capitale. Il y a aussi les fameux plans en faveur des
éleveurs de cochons indigènes. L’Etat haïtien a ainsi détruit l’économie rurale
en promettant aux paysans que son plan allait prendre en charge les paysans
victimes. Environ 30 ans après, les conséquences économiques de ce fameux plan
se font sentir dans le milieu rural. Les paysans sont obligés de fuir vers la
capitale.
Pour
nous autres, jeunes haïtiens et haïtiennes, la solution au problème d’Haïti doit
passer par des réformes institutionnelles en profondeur, ce qui favoriserait une
large participation de la population. En conséquence, ces réformes permettraient
de combattre les monopoles exclusivistes, d’encourager des investissements
directs, la création d’emplois, et faciliter l’intégration des jeunes.
L’augmentation
de l’aide a toujours signifié l’augmentation de la corruption, l’augmentation
des luttes politiques pour le contrôle de l’aide. Sans des réformes
structurelles en profondeur, rien ne changera en Haïti. Pour donner à ce devoir
de réforme une base concrète, les jeunes haïtiens et haïtiennes proposent
l’établissement d’un Marché commun avec la République Dominicaine avec laquelle
nous partageons 300 kilomètres de frontière terrestre. Un objectif qui
permettrait à la communauté internationale de suivre l’effort de modernisation
d’Haïti, en fonction d’un agenda qui fixerait les mesures à adopter pour
rapprocher l’économie haïtienne de celle de la République dominicaine.
Le
système d’exclusion qui régnait en Haïti depuis l’esclavage persiste et résiste.
Depuis l’occupation américaine de 1915, il est caractérisé par la centralisation
et la concentration qui ne sont en fait qu’un système sociopolitique et
économique de prédation qui draine toutes les ressources du pays vers un petit
groupe de privilégiés.
Environ
cinq (5) familles de la capitale contrôlent plus de 60% des ressources du pays.
Aujourd’hui le projet démocratique est devenu une ploutocratie. La construction
théorique qui constitue le fondement du processus démocratique en Haïti a
effondré. Plus qu’on réalise des élections, plus les scrutins sont frauduleux.
Les représentants sont ainsi plus médiocres et plus corrompus.
C’est
triste et décevante pour nous autres jeunes qui cherchent des modèles de
constater que ce sont, dans une certaine mesure, des trafiquants de drogue, des
kidnappeurs, des squatteurs et dilapidateurs de fonds publics qui soient les
seuls aptes à briguer des postes pour lesquels ils ne sont pas qualifiés.
Au lieu
de signifier la participation populaire, élection est devenue une farce pour la
légitimation de la mauvaise gouvernance. Certains acteurs de la communauté
internationale l’utilisent pour masquer la réalité et justifier leur présence en
Haïti : De la poudre aux yeux de l’opinion publique. Pourtant, la diminution
croissante de la participation des votants lors des joutes est une preuve du mal
qui paralyse les avancées démocratiques en Haïti.
Pour
les jeunes d’Haïti, le changement n’est pas volontariste. Les privilégiés
resteront accrochés à leurs monopoles. La Communauté internationale doit nous
aider à contraindre l’Etat haïtien à faire des réformes en profondeur dans des
secteurs comme la douane, la télécommunication, le système judiciaire, le
système fiscal, le système financier, le cadastre, le système éducatif qui nous
a laissés ignorants et ignorantes des phénomènes sismiques, l’université… La
constitution haïtienne doit être réformée. Le secteur privé haïtien doit
s’adapter à la compétition qui à ce carrefour est le seul moyen de créer des
opportunités. L’aide internationale doit aller dans ce sens.
Même
quand de façon ponctuelle les jeunes d’Haïti souffrent de la destruction de
leurs établissements scolaires - de leurs centres universitaires, même quand
nous pleurons encore la mort des milliers de jeunes tués dans leur salle de
classe, même quand nous savons que le nombre des enfants orphelins livrés à
eux-mêmes dans les rues est en nette augmentation, que les cas de trafic
d’enfants et de la traite humaine en général seraient en nette augmentation dans
les mois à venir ;
Même
quand de façon ponctuelle nous espérons des actions en faveur des jeunes en
termes de bourses d’étude, d’encadrement des écoliers, de prise en charge des
orphelins, nous donnons priorité aux réformes structurelles qui une fois pour
toute changeraient le destin d’Haïti.
Aidez
nous à achever la révolution libertaire de nos ancêtres, cette révolution qui a
donné naissance à Haïti, l’unique Etat créé à partir d’un mouvement d’esclaves,
la seule révolution d’esclaves de toute l’histoire de l’humanité. Nous, haïtiens
et haïtiennes, continuons de croire en ce génie qui a guidé nos ancêtres. Ces
‘‘nègres’’ et ‘‘régresses’’ qui ne représentaient, aux yeux des esclavagistes
que des bêtes de sommes destinées à la plantation, ont su choisir la liberté.
Même dans l’adversité, nous gardons notre moral. Etant habitués à forger notre
indépendance, nous gardons confiance qu’Haïti brisera ce système d’exclusion qui
empêche l’unité et ce système qui casse l’élan national depuis 200 ans.
Nous
sommes d’autant plus rassurés par la manifestation de solidarité des peuples des
cinq (5) continents de ce monde et des quatre points de la terre.
Ce 12
janvier 2010, de façon spontanée, des citoyens et citoyennes de la République
Dominicaine, ont attendu des heures pour offrir leur sang au secours des blessés
haïtiens. Le peuple de la République voisine avec laquelle nous avions des
contentieux historiques nous a aidés avec dignité, c’est une preuve que le monde
peut changer dans le sens du bien. La culture de la vie finira par régner sur
celle de la mort : de la guerre, des massacres et celle des armes de destruction
massive.
Les
jeunes d’Haïti sont optimistes. Ils comptent sur votre support pour une approche
responsable dans la recherche d’un plan de reconstruction durable pour Haïti.
Une
autre Haïti est possible, ensemble construisons-la !
Herns
Mesamours,
President
corejene@yahoo.fr
Cell:
(229) 364-8330
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